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Semaine de la Renaissance

Organisé par : Alice Vintenon (Paris X et ENS)

Cette semaine a été organisée avec l’aide de Mathilde Régent (ancienne élève de l’ENS, doctorante en littérature de la Renaissance à Paris VII) et Pierre Bertrand (ancien élève de l’École des mines, ingénieur-chercheur).
Journée du 6 avril :
L’objectif d’ensemble de la journée est de décrire les changements qui interviennent dans la perception du monde à la Renaissance. Les conférences, présentées par Laurent Pinon (ENS), abordent trois grands aspects de cette évolution du regard sur le monde, agencés selon un "jeu d’échelle" : il s’agit tout d’abord d’un monde à échelle humaine tel que peuvent le parcourir les voyageurs (M.-C. Gomez-Geraud), puis l’échelle s’élargit pour s’intéresser aux représentations de la Terre habitée dans son ensemble (A. Chassagnette), enfin l’astronomie s’intéresse à la place de la Terre dans l’univers (G. Péoux).
Journée du 7 avril :
Conférence d’histoire de l’art (M. Hochmann) consacrée aux portraits de bouffons et de comédiens à la Renaissance, avec quelques réflexions sur la naissance de la peinture comique en Italie et ses rapports avec le théâtre.
Journée du 8 avril :
Il est naturel, dans une semaine consacrée à la Renaissance, de consacrer une journée au rire, objet d’une réflexion particulièrement féconde à partir du XVe siècle (Y. Hersant, N. Ordine). La Renaissance redécouvre avec intérêt les théories antiques du rire et du mot d’esprit, et un large éventail de formes littéraires se réclame du rire, qu’il s’agisse simplement de divertir le lecteur ou de lui communiquer de hautes réflexions philosophiques à travers le spoudogeloion, mélange de sérieux et de comique très pratiqué à la Renaissance. Lieu d’un "rendez-vous des savoirs", selon l’expression de N. Ordine, le phénomène du rire intéresse aussi bien les médecins que les théologiens ou les auteurs de traités de civilité. Quelle que soit l’approche adoptée, le rire ne se réduit que bien rarement à la simple joie, et les auteurs de la Renaissance développent d’intrigants croisements, associant par exemple le rire à la mélancolie ou à la cure médicale.
Journée du 9 avril :
La journée, présentée par Isabelle Pantin (ENS), a pour but d’explorer plusieurs formes d’écriture redécouvertes ou développées de manière originale par les auteurs de la Renaissance – l’essai (B. Sève), les correspondances d’ambassadeurs (D. Ménager) et le lyrisme familial (P. Galand-Hallyn). Les approches adoptées par les conférenciers montrent dans quelle mesure ces écritures singulières reflètent des positions philosophiques propres à leurs auteurs, ou des tendances caractéristiques de la mentalité d’une époque et d’une profession.
Journée du 10 avril :
Conférence relative à l’architecture italienne de la Renaissance, telle qu’elle développe, à Florence et Venise notamment, un style nouveau fondé sur la diffusion du style "à l’antique" (M. Paoli).

Ressources en ligne

  • Ouverture de la Semaine de la Renaissance (le 6 avril 2009) — Monique Canto-Sperber

  • Savoirs sur le monde à la Renaissance – 1. Les récits de voyage (le 6 avril 2009) — Marie-Christine Gomez-Geraud
    L’intervention met en question la pertinence de plusieurs "mythes modernes" concernant les récits de voyageurs à la Renaissance : on considère souvent, à tort, que les grandes découvertes géographiques ont eu un effet immédiat sur les mentalités du XVIe siècle, alors que ces nouvelles ne s’imposent que progressivement. Et l’on s’imagine souvent que les récits des voyageurs de la Renaissance font une large place au spectaculaire et à l’expression de la conscience individuelle du voyageur, alors que ces caractéristiques n’interviennent que très exceptionnellement. La plupart des récits de voyage imprimés gomment les détails particularisants, pourtant présents dans certains manuscrits, et cherchent à se conformer à des stéréotypes.
    Dans un premier moment, la conférence décrit les ambitions de l’écrivain voyageur ; dans un second temps, elle dresse une histoire du récit viatique en évoquant certaines de ses caractéristiques ; enfin, elle évoque le choc de la découverte, et indique quelle doit être la méthode de l’historien confronté à l’"aridité féconde" des textes anciens.
  • Savoirs sur le monde à la Renaissance – 2. L’élaboration du savoir géographique (le 6 avril 2009) — Axelle Chassagnette
    À la Renaissance, les contenus et les formes du savoir géographique connaissent d’importantes modifications, qui conduisent à l’élaboration progressive d’une discipline nouvelle. Pour décrire ces changements, la conférence commence par rappeler quels étaient les supports du savoir sur le monde au Moyen Âge, et ses principaux fondements théoriques. Elle s’intéresse ensuite aux deux grands facteurs de renouveau à la Renaissance, la redécouverte des géographies antiques (notamment Ptolémée et Strabon) et les voyages entrepris par le Portugal, l’Espagne et les pays du Nord de l’Europe. Ces facteurs donnent lieu à une structuration de la discipline géographique, qui développe des méthodes de projection mathématique, s’inscrit dans les programmes d’enseignement et élabore un important corpus de sources.
  • Savoirs sur le monde à la Renaissance – 3. Astronomie : le choix d’un système du monde (1543–1616) (le 6 avril 2009) — Gérald Péoux
    Le XVIe siècle voit s’affronter plusieurs hypothèses concernant l’organisation du cosmos : leurs auteurs constatent en effet que le système du monde hérité de Ptolémée et d’Aristote est extrêmement complexe, et qu’il ne concorde pas avec leurs observations. Dans un premier temps, la conférence rappelle que, dans la conception du cosmos héritée de l’Antiquité, le monde est clos, hiérarchisé et géocentrique. Les limites de ce système sont mises en lumière, dès le XVe siècle, par Regiomontanus. Le projet de restauration astronomique lancé par celui-ci connaît une étape décisive avec la parution des thèses de Copernic, premier astronome à proposer un système du monde héliocentrique. Très discutée dans la seconde moitié du XVIe siècle, cette thèse est rejetée par la majorité des astronomes, puisqu’elle semble être incompatible avec les Écritures. Mais l’hypothèse de Copernic se trouvera confirmée et enrichie par les découvertes controversées de Tycho Brahé, de Kepler et de Galilée.
  • Portraits de bouffons et de comédiens : quelques réflexions sur la naissance de la peinture comique en Italie et ses rapports avec le théâtre (le 7 avril 2009) — Michel Hochmann
    La conférence pose la question de l’influence du théâtre comique sur la peinture italienne de la Renaissance : certains tableaux, comme ceux de Dosso Dossi, semblent conserver le souvenir de spectacles de théâtre. Mais la représentation de bouffons n’implique pas forcément le caractère comique du portrait. La peinture comique suppose en effet une déformation des traits, et, parfois, une intention parodique à l’égard de références artistiques jugées plus nobles, comme la peinture du Titien ou la tradition pétrarquiste. La définition des genres picturaux, qui s’imposera au XVIIe siècle, est donc esquissée dès la Renaissance, alors que les pages de la Poétique d’Aristote sur les genres picturaux sont encore mal comprises.
  • Rire et littérature à la Renaissance – 1. Rire et mélancolie (le 8 avril 2009) — Yves Hersant
    La mélancolie, dont les symptômes traditionnels sont la peur et la tristesse (selon la traduction fautive d’un aphorisme d’Hippocrate), semble à première vue n’avoir aucune parenté avec le rire. Or la Renaissance les exalte conjointement. D’une part, nombre de médecins, parmi lesquels Timothy Bright, expliquent que la bile noire peut provoquer l’hilarité, indépendamment de toute situation comique. C’est dans cette perspective qu’il faut réexaminer la tradition du Democritus ridens, non moins importante dans la réflexion renaissante sur la mélancolie que le Problème XXX,1 du pseudo-Aristote. D’autre part, lors même que le rire s’oppose à la mélancolie – comme en témoigne exemplairement Rabelais –, il est réputé partager avec elle un grand pouvoir créateur. Ils sont l’un et l’autre "le propre de l’homme".
  • Rire et littérature à la Renaissance – 2. Rire thérapeutique et théorie de la nouvelle (le 8 avril 2009) — Nuccio Ordine
    Dans les réflexions sur le rire à la Renaissance, l’acte de raconter une nouvelle comique apparaît souvent comme un médicament qui guérit le narrateur, le lecteur, et, par un effet de mise en abîme, les personnages de la nouvelle. Nombre d’auteurs exaltent donc le rire, et comparent symboliquement la puissance thérapeutique de leur récit au fonctionnement des cures thermales. Le récit comique est valorisé par rapport au récit tragique, qui n’a pas ces effets bénéfiques. On estime en outre que la narration comique requiert une habileté particulière : un récit mal raconté, ou excessivement comique, peut s’avérer néfaste ; seul un rire modéré est à même de purger l’âme et d’apporter la santé au corps.
  • Philosophie et écriture – 1. Esprit et raison chez Montaigne (le 9 avril 2009) — Bernard Sève
    L’œuvre de Montaigne est souvent réduite à sa dimension sceptique, que les Essais débordent largement : ce constat fait partie des sept hypothèses de lecture que la conférence pose en premier lieu, affirmant également le caractère fondamentalement philosophique (jusqu’au sens technique du terme) de l’écriture de Montaigne. Ainsi, Montaigne procède à des distinctions de concepts. Par exemple, on s’aperçoit qu’il donne des valeurs différentes à la notion d’esprit et à celle de raison. L’esprit déborde la raison, par sa fécondité et sa capacité d’intuition, mais il est toujours menacé par le désordre: il fait le "cheval échappé". Montaigne indique donc certains moyens de le régler, comme la coutume ou les contraintes et limites du corps.
  • Philosophie et écriture – 2. Les ambassadeurs de la Renaissance : l’expérience et le doute (le 9 avril 2009) — Daniel Ménager
    La conférence s’appuie sur les correspondances d’ambassadeurs et sur des traités de diplomatie comme celui d’Antonio de Vera, pour entrer dans l’expérience de l’ambassadeur. Plongé dans une situation complexe et dont il n’a pas les clefs, doté d’une marge de manœuvre plus ou moins large selon la nature de son mandat, il doit faire preuve de réactivité, de jugement et de prudence. Les correspondances reflètent les difficultés philosophiques et éthiques rencontrées par l’ambassadeur, toujours en quête d’un sens qui se dérobe, confronté à des signes souvent difficiles à interpréter (par exemple quand il doit analyser la psychologie des étrangers qui l’accueillent) et guetté par le scepticisme et le désenchantement.
  • Philosophie et écriture – 3. Le lyrisme familial et ses rapports avec la devotio moderna en peinture (le 9 avril 2009) — Perrine Galand-Hallyn
    La conférencière s’interroge sur les modalités de l’écriture lyrique et de l’expression du moi à la Renaissance. Elle observe que le latin est alors vraiment la langue de l’intime : c’est surtout en latin que naît une conception du lyrisme définie par la subjectivité, et non pas simplement par les choix métriques. Les humanistes explorent même de nouveaux domaines comme celui du lyrisme familial. Cette pratique poétique se fonde sur un idéal esthétique et éthique qui privilégie la mediocritas, le "Connais-toi toi-même". Elle expérimente une poésie du quotidien, ouverte parfois à un réalisme trivial, mettant notamment en scène des enfants. L’émergence de cette pratique et de ce style peut être mise en relation avec l’apparition des portraits d’enfants dans les pays du Nord de l’Europe.
  • L’architecture à Florence et Venise pendant la Renaissance (le 10 avril 2009) — Michel Paoli
    Le conférencier se propose d’illustrer par l’exemple le caractère progressif et irrégulier de la diffusion du style "à l’antique", au long des XVe et XVIe siècles, dans deux des villes qui l’ont vu se déployer avec le plus d’éclat. Florence est la ville où cette nouveauté apparaît, avec les œuvres de Brunelleschi et Alberti ; le nouveau style s’inspire alors par certains aspects de la tradition romane locale ; très vite, des versions moins novatrices sont proposées, qui tentent de concilier habitudes des chantiers, goût des commanditaires et options de l’avant-garde artistique - qui rencontre finalement une résistance très sensible. Un goût anti-classique se développe à la fin du XVe siècle, qui va vite cohabiter ensuite avec l’émergence du "maniérisme". Le nouveau style apparaît à Venise avec une cinquantaine d’années de décalage, sous une forme beaucoup plus décorative due à l’influence d’architectes formés en Lombardie. Ce n’est qu’à la fin du XVe siècle, avec l’œuvre de Codussi, que les principes albertiens atteignent la lagune et, encore un peu plus tard, avec l’œuvre du florentin Sansovino, qu’on peut parler de véritable classicisme. Les chefs-d’œuvre de Sanmicheli et de Palladio viennent couronner ce parcours.

Organisateurs

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Alice Vintenon (Paris X et ENS)