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Colloque Jean Deny : Les relations culturelles et scientifiques entre Turquie et France au XXe siècle

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Jean Deny, la Turquie et la turcologie française (1908–1949)
Emmanuel Szurek (EHESS)

27 mars 2010

Un établissement d’enseignement supérieur français : l’École spéciale – puis nationale – des langues orientales vivantes. Un pays : la Turquie républicaine. Un label scientifique : la turcologie. Comment expliquer l’apparition d’une discipline spécifiquement dévolue au monde turc dans la division institutionnelle du travail universitaire français ? Cette différenciation scolaire est indissociable de trois déterminations majeures, qui opèrent à des échelles sociales différentes et selon des temporalités distinctes. Premièrement, la professionnalisation de l’École de la rue de Lille et l’autonomisation de l’orientalisme scientifique. A partir du début du XXe siècle, le recrutement du corps enseignant des Langues orientales s’émancipe des milieux coloniaux et diplomatiques. Les drogmans cèdent la place aux universitaires. L’orientalisme académique échappe progressivement aux logiques exogènes qui présidaient à ses destinées depuis la création des Langues orientales en 1795 et l’expédition d’Égypte en 1798. Si le savoir orientaliste demeure inféodé au jeu des relations internationales, c’est de plus en plus comme scientifiques que les chercheurs français de la Troisième République deviennent les "ambassadeurs" (Christophe Charle) de leur pays à l’étranger. Deuxièmement, l’apparition d’un nouvel État sur la scène internationale après 1923. L’Empire ottoman était, pour plagier Mirabeau un "agrégat inconstitué" de peuples, de confessions et de langues désunies, saisis, sous le regard des savants occidentaux, dans l’accumulation souvent fixiste d’un orientalisme indifférencié. La "Turquie nouvelle", est, dans l’Entre-deux-guerres, en voie d’homogénéisation ethnique, religieuse et linguistique. En quête d’indépendance politique – face à l’Occident – et culturelle – face au monde musulman –, elle exige d’être pensée selon des catégories également renouvelées. La recomposition de la carte politique à l’est de la Méditerranée appelle la refonte disciplinaire de la cartographie orientaliste en France. Troisièmement et corollairement, l’institutionnalisation de la turcologie française. Homme de la transition, ancien drogman, mais formé à la philologie à l’École pratique des hautes études, Jean Deny (1879–1963) occupe la chaire de turc aux Langues orientales à partir de 1908, année de la révolution jeune turque ; il la quitte en 1949, dernière année de règne du parti unique en Turquie. Grammairien, historien, vulgarisateur, publiciste, expert-traducteur, officier-interprète, haut fonctionnaire, administrateur et conseiller diplomatique, Deny accède à une position qui s’apparente parfois à un monopole, dans le commerce intellectuel entre la Turquie et la France. Il contribue activement à la création d’institutions qui inaugurent et légitiment la place nouvelle – mais précaire – de la turcologie dans le paysage universitaire français et accentuent en retour sa propre centralité : en particulier l’Institut français d’archéologie de Stamboul (1930) et le Centre d’études turques de la Sorbonne (1935).

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