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Colloque Jean Deny : Les relations culturelles et scientifiques entre Turquie et France au XXe siècle

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Entre Obst et Chaput : influences européennes et création de l’école turque de géographie (1915–1943)
Nicolas Ginsburger (Paris X)

26 mars 2010

La première moitié du XXe siècle a été marquée, pour l’espace turc, par des tentatives de modernisation sur le modèle occidental, sous influence allemande et française. La géographie universitaire est un bon exemple, jusqu’ici peu étudié, de ce processus et de ses limites. La constitution d’une école turque de géographie s’est ainsi opérée en deux périodes clairement différenciées, mais toutes deux marquées par la rivalité franco-allemande et par la volonté d’établir, à travers des diplomaties culturelles plus ou moins actives, des liens scientifiques particuliers. Entre le début du siècle et la fin des années 1920, on observe ainsi l’émergence d’un groupe de spécialistes turcs, formés en France, en Suisse ou en Allemagne, accédant à des postes encore rares, mais se multipliant avec l’institutionnalisation de la discipline. Faik Sabri Duran (1882–1943) et Ibrahim Hakki Akyol (1888–1950) furent ainsi les pionniers de la géographie académique turque, le premier ancien étudiant à Paris, le second à Lausanne, tandis que la période de la Première Guerre mondiale vit une tentative, brève (1915–18) mais significative, d’implantation directe de professeurs allemands à Istanbul, avec l’action d’Erich Obst (1886–1981) que nous analyserons. On constate ensuite, dans le cadre des réformes kémalistes, la volonté d’accélérer le processus, par la nomination de deux géographes étrangers : en 1928, le géologue dijonnais Ernest Chaput (1880–1943) devint professeur de géographie physique à Istanbul ; en 1935, le géomorphologue berlinois Herbert Louis (1900–1985) fut appelé à Ankara. Les figures de ces deux géographes relativement peu connus seront ici évoquées à la lumière de sources nouvelles. Leurs itinéraires parallèles (Chaput n’a vraisemblablement jamais rencontré son cadet de 20 ans), leurs actions croisées (mêmes méthodes d’observations sur le terrain, même focalisation sur la géographie physique), leurs présences concurrentes (incarnant la rivalité entre les deux capitales), aboutirent à un résultat commun : en 1943, alors que Chaput et Faik Sabri disparaissaient et que Louis retournait en Allemagne, une nouvelle génération de jeunes géographes turcs prit la main, organisant une société de géographie autonome à Ankara, et un congrès propre de géographie. Peut-on cependant parler à cette date d’une réelle "école turque de géographie" ? Sur quel modèle ? Nous verrons qu’en la matière, à l’issue de cette confrontation franco-allemande feutrée, c’est plutôt l’organisation allemande qui marque la nouvelle communauté disciplinaire, tandis que, du point de vue des connaissances, l’apport français tend à équilibrer une prédominance allemande ancienne, ébranlée par la défaite de 1945.

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