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Colloque Jean Deny : Les relations culturelles et scientifiques entre Turquie et France au XXe siècle

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L’essor du bergsonisme en Turquie : une lecture de la guerre d’indépendance à travers la revue "Dergâh" (1921–1923)
Dilek Sarmiş (IFEA)

26 mars 2010

L’impact du courant positiviste français du XIXe siècle est un objet d’étude fréquent de l’histoire des idées à la fin de l’Empire ottoman et en Turquie. Outre le fait qu’il reste cependant difficile d’évaluer la nature et l’importance du rôle de ce courant dans l’organisation de la pensée politique des réformateurs turcs – jeunes ottomans puis jeunes turcs -, il apparaît également que l’appropriation des courants de pensée français à la fin de l’Empire ottoman présente des visages variés qui répondent à des particularités du contexte socio-politique du début du XXe siècle. Multiplication du nombre des revues suite à la libéralisation de la seconde période constitutionnelle (1908–13) riche en expérimentations intellectuelles et philosophiques ; réflexions sur une reconstruction identitaire inspirées par la guerre d’indépendance ; redéfinitions de la tradition, de la société et du citoyen ; revendication de valeurs nationales et spirituelles : autant d’éléments qui convergent pour expliquer la place prise progressivement par la philosophie bergsonienne dans les débuts du XXe siècle ottoman. Cette dernière, présentée par l’historiographie comme une composante de la pensée anti-matérialiste, donne corps à des inflexions spiritualistes favorisées par l’aridité du positivisme. Mais c’est surtout la guerre d’indépendance (1919–23) qui est à l’origine d’une réelle diffusion du bergsonisme en Turquie. En effet, l’une des plus importantes revues de cette période de troubles nationaux, Dergâh, parue entre 1921 et 1923, durant la période dite de l’"armistice", fédère autour d’une inspiration bergsonienne et anti-intellectualiste des penseurs et universitaires engagés dans l’urgence historique de la libération. Le bergsonisme turc est donc intimement lié à la guerre d’indépendance, interprétée dans certains articles de ce périodique comme un ébranlement douloureux mais salvateur, propice à une redéfinition indispensable de l’individu et de la société dans la perspective d’une renaissance, d’une révolution nationales.

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