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Les chantiers de construction en Italie et dans les provinces romaines – III. L’économie des chantiers

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Chantiers et évergètes en Afrique romaine (Ier–IIIe siècles après J.-C.)
Véronique Brouquier-Reddé (CNRS-ENS) et Sophie Saint-Amans (INHA/CNRS)

10 décembre 2009

(Session 2. Le coût des travaux, modérateur : Pierre Gros, Université de Provence)
Par ses richesses archéologiques et épigraphiques, la province d’Africa offre depuis longtemps un champ d’étude privilégié des pratiques évergétiques. La cité de Thugga en particulier compte une cinquantaine de monuments publics, dont sont connus à la fois les vestiges architecturaux et les dédicaces. On appréhende ainsi ces édifices à la fois dans leur environnement urbain et dans le contexte institutionnel et social de leur construction et de leur gestion ; un contexte très singulier puisque une communauté de pérégrins et une communauté de colons, citoyens de Carthage, se sont partagés l’aménagement de la même ville durant deux siècles. Leur mise en perspective chronologique permet de replacer précisément les grandes phases édilitaires dans l’évolution des statuts juridiques, collectifs pour les deux communautés autant qu’individuels pour leurs membres respectifs. L’épigraphie met en évidence que, si des autorités municipales étaient toujours présentes lors des dédicaces, presque tous les monuments ont été bâtis grâce à des fonds d’origine privée. Quant à l’aire d’édification, elle pouvait avoir des origines diverses, soit que la cité ait affecté une parcelle publique, soit que l’évergète se soit défait d’un terrain lui appartenant, soit encore qu’il reconstruise un ancien lieu de culte.
Au IIe siècle, la ville fut en chantier permanent. Conséquence directe de la municipalis aemulatio, les constructions se multiplièrent en même temps que l’épigraphie devenait de plus en plus précise quant aux circonstances et au montant des évergésies édilitaires. Pour un même monument, plusieurs membres d’une famille pouvaient cumuler, d’une part des sommes dues pour les honneurs, et d’autre part, des libéralités librement consenties et des legs testamentaires. À ces dépenses que l’on ne peut évaluer que de manière relative, il faut ajouter les frais de tous les dons annexes attachés à la cérémonie de la dédicace ou à sa commémoration. L’épigraphie et les vestiges de Dougga témoignent que, durant trois siècles, de riches et ambitieux particuliers ont permis à leurs concitoyens de vivre dans le cadre urbain somptueux que cette modeste cité n’aurait sans doute jamais pu assumer seule. Mais au final, on observe aussi que, sauf exception, ces mêmes particuliers pétrifièrent en une génération la fortune de toute une famille, disparaissant ensuite définitivement de la vie publique. Lorsqu’en 533, l’armée byzantine ruina systématiquement les monuments offerts pour les remployer dans la fortification qui englobe partiellement le centre public, leurs noms eux-mêmes tombèrent dans l’oubli.

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pictogrammeformat audio mp3 - 24.96 Mo

Véronique Brouquier-Reddé Véronique Brouquier-Reddé (CNRS-ENS)
UMR 8546 CNRS - Ens Paris

Non disponible Sophie Saint-Amans (INHA/CNRS)
INHA/CNRS UMR 8546.

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en archéologie et sciences de l’Antiquité