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Troisième congrès de la SPS : Sciences et décision

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La théorie de la décision et la psychologie du sens commun
Philippe Mongin (CNRS)

14 novembre 2009

La théorie de la décision est une discipline mathématisée qui traite des décisions qu’un agent idéalement rationnel prendrait en situation d’incertitude non stratégique ou "naturelle" (cette précision définit la frontière convenue avec la théorie des jeux, dont il ne sera pas question ici). Elle étudie non seulement les cas où l’agent peut compter sur des valeurs de probabilités explicites, mais encore et surtout les autres cas, qui relèvent ou non d’une probabilisation implicite pour représenter l’incertitude. Ses résultats les plus classiques, chez Ramsey, de Finetti et Savage, consistent à énoncer les hypothèses de rationalité auxquelles l’agent doit satisfaire si l’observateur veut pouvoir lui attribuer des valeurs de probabilités latentes ou "subjectives".
Malgré des formalismes qui en imposent, la théorie de la décision n’est pas une discipline ésotérique. Le critère sur lequel Ramsey, de Finetti et Savage débouchent n’est autre que celui de l’espérance d’utilité, que les praticiens connaissaient de longue date, et si l’on s’abstrait de la technicité toute relative des concepts d’utilité et de probabilité, on retrouve les notions communes de désir et de croyance, sur lesquelles reposent les explications les plus banales des actions humaines. La théorie apparaît donc comme une systématisation de la psychologie du sens commun, ce qui semble en restreindre à la fois l’intérêt actuel et les possibilités de développement ultérieur.
Elle-même commune, cette thèse n’a guère fait l’objet de précisions philosophiques, sans doute parce qu’elle semblait trop évidente pour justifier l’examen. Même chez Davidson, qui a pris soin de l’énoncer et de l’argumenter, elle demeure approximative, et l’on ne sait pas dire exactement ce qu’elle implique sur la question pourtant attendue de la scientificité de la psychologie et des sciences sociales.
Nous tenterons de déterminer la thèse en parcourant deux voies d’analyse. D’une part, quels rapports sémantiques les concepts de la théorie de la décision entretiennent-ils avec ceux de la psychologie du sens commun ? Outre la liaison de l’utilité avec le désir, et celle de la probabilité avec la croyance, l’enquête portera sur les deux concepts de risque et d’attitude subjective par rapport au risque, lesquels manquent de répondant à l’intérieur de la conceptualisation ordinaire. D’autre part, la théorie de la décision parviendrait-elle à relever le statut nomologique des généralités informes dont se contentent les explications banales des actions humaines ? Là réside un test possible de la dissemblance entre la théorie de la décision et ses antécédents pré-théoriques, ainsi qu’une pierre de touche pour les développements scientifiques auxquels celle-ci pourrait conduire.

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Philippe Mongin Philippe Mongin (CNRS)
laboratoire GREGHEC (Groupement de Recherche et d’Etudes en Gestion à HEC) UMR 2959 (HEC - CNRS)