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Colloque Le corps souffrant sur la scène contemporaine

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Les difficultés de la (re)présentation du corps souffrant : entre stylisation et tentation réaliste
Cécile Falcon (ENS)

3 avril 2009

Comment parvenir à représenter un corps souffrant, violenté, qui marque les spectateurs ? La question peut paraître naïve, et pourtant elle se pose de manière concrète à un metteur en scène qui choisit de monter une œuvre dont le texte, les didascalies, le propos, ont trait à des actions violentes. Se pose d’abord la question du traitement esthétique à donner au corps souffrant. Pourquoi la stylisation, par opposition au réalisme, paraît-elle souvent vécue par les metteurs en scène comme une dérobade, une lâcheté, alors qu’elle peut constituer un moyen esthétique entraînant un effet tout aussi dérangeant, violent, sur le spectateur ? Se pose ensuite la question des moyens scéniques aptes à rendre les effets souhaités. Le metteur en scène peut se heurter ici à des difficultés concrètes – des comédiens n’ayant pas une préparation physique suffisante, des résistances personnelles. L’obligation de "tricher" pour ne pas se faire vraiment mal, faire semblant de porter des coups ou d’en recevoir, de violer ou de se faire violer, peuvent créer des effets de distance bien relevés par le spectateur qui ne perçoit plus cette violence exhibée que comme une mascarade plus ou moins sanguinolente. Comment représenter un corps souffrant crédible lorsque le but est de créer un effet pathétique ? Le problème le plus aigu est, plus généralement, celui du fonctionnement de la violence au théâtre. Qu’est-ce qui provoque ce "[réveil] des nerfs et du cœur" dont parle Artaud ? Comme l’exige ce dernier, le théâtre doit être au moins aussi violent que la vie. Mais est-ce cette représentation d’actions violentes sur les corps, représentation tendant vers une pure présentation, hyper-réelle, de la souffrance physique, qui fait le plus violence (au spectateur) ? Je mènerai cette réflexion à partir de mon expérience d’assistante pour Orgie de Pasolini, dans la mise en scène de Marcel Bozonnet, mais j’évoquerai également d’autres mises en scène : d’une part, Les Bacchantes d’Euripide, dans les mises en scène de Grüber et d’André Wilms, d’autre part, Viol de Botho Strauss, mise en scène de Luc Bondy, et Les Métamorphoses, La Petite dans la forêt profonde de Philippe Minyana d’après Ovide, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo.

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Non disponible Cécile Falcon (ENS)
Cécile Falcon est agrégée de lettres modernes, ancienne élève de l’ENS et de l’IEP de Paris. Après avoir travaillé comme assistante à la mise en scène auprès de Jacques Lassalle, elle enseigne au département Arts du spectacle de l’université Rennes II (2005–08) puis au département Histoire et théorie des Arts de l’ENS. Rattachée au laboratoire "La Présence et l’Image", elle prépare, sous la direction de Didier Plassard, une thèse intitulée Théâtres en voyage. Les grandes tournées internationales de la Comédie-Française, du T.N.P. et de la Compagnie Renaud-Barrault/Théâtre de France, 1945–1969.
Cécile Falcon s’est déjà intéressée aux analyses de mises en scène, notamment dans "L’illusion et les tentations de la création. Jean Vilar et La Tragédie du roi Richard II, du premier festival d’Avignon au T.N.P.", in Shakespeare au XXe siècle, mises en scène, mises en perspective de "King Richard II", dir. Pascale Drouet, Presses universitaires de Rennes, 2007.

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