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Colloque Figures de l’imposture, entre philosophie, littérature et sciences

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Pour une archéologie du mensonge. Le cas de l’imposture des religions à l’Âge classique
Gianni Paganini (Università del Piemonte Orientale “Amedeo Avogadro”)

5 juin 2009

Le Theophrastus redivivus (1659) est l’une des sources les plus importantes de la doctrine de l’imposture des religions et même du topos des trois imposteurs, même si, dans cet ouvrage qui nous présente une doctrine très précoce et aussi très complète de l’athéisme à l’âge classique, il n’y a pas de trace de l’existence du fameux livre tant recherché par ses contemporains. En revanche, pour ce qui concerne les opinions que l’on trouvera plus tard dans le Traité des trois imposteurs, le Theophrastus en était lui bien au courant. Il s’agit surtout de l’explication politique du phénomène religieux et de l’idée qu’il y aurait eu un "complot" ourdi par les puissants pour abuser les peuple. Le IIIe traité, notamment, contient une histoire des religions où l’on trouve plusieurs éléments de la thèse de l’imposture. En réalité, une réflexion sur l’état de nature et sur la loi de nature, réflexion développée surtout dans le VIe traité, permet de relativiser et d’historiciser la notion d’"imposture" ; cette perspective amène l’auteur anonyme à envisager une rupture majeure dans l’histoire de l’humanité, même si elle est destinée a se produire "d’infinies fois" (infinities) à l’intérieur des cycles de naissance et de destruction des civilisations. Cette thèse détermine la position du Theophrastus à l’égard des principes du droit naturel largement partagés au XVIIe siècle. Il est intéressant de remarquer que, par ce biais, l’auteur clandestin déplace la maxime de Plaute reprise par Hobbes (homo homini lupus) du contexte de l’état de nature, pour la replacer dans le cadre de la civilisation : c’est dans l’état social ou politique que l’homme devient systématiquement agressif envers ses semblables, car "pour instituer la justice légale et humaine il fallut faire une horrible violence à la justice naturelle".

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Gianni Paganini Gianni Paganini (Università del Piemonte Orientale “Amedeo Avogadro”)
Gianni Paganini, professeur d’histoire de la philosophie à l’université du Piémont (Italie), est membre du Comité éditorial de la série International Archives of the History of Ideas (Springer), Epikurea (Schwabe), Studi e Testi per la Storia della Tolleranza (Olschki). Il dirige le projet de recherche du ministère italien de l’Université sur la philosophie de la Renaissance aux Lumières et fait partie du board de revues comme Giornale Critico della Filosofia Italiana, Rivista di Storia della Filosofia, Bruniana & Campanelliana.
Publications récentes :
Skepsis. Le Débat des modernes sur le scepticisme, Paris, Vrin, 2008
Les philosophies clandestines à l’Âge classique, Paris, PUF, 2005
The Return of Scepticism. From Hobbes and Descartes to Bayle, éd. Gianni Paganini, International Archives of the History of Ideas, 184, Kluwer, Dordrecht-Boston-London, 2003
Der Garten und die Moderne. Epikureische Moral und Politik vom Humanismus bis zur Aufklärung, Arbeitsgrespraech der Herzog August Bibliothek, Wolfenbüttel, 23/24–11–2000, éd. Gianni Paganini et Edoardo Tortarolo, Quaestiones, Frommann-Holzboog, Stuttgart, 2004
Pierre Bayle dans la République des lettres. Philosophie, religion, critique, éd. A. McKenna et G. Paganini, Champion, Paris, 2004
Renaissance Scepticisms, éd. G. Paganini et J.R. Maia Neto, International Archives of the History of Ideas, Springer, Dordrecht-Boston, 2008.