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Colloque "J’ai tué" : Violence guerrière et fiction

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"La Guerre, un pays de fées perverti" : violence militaire et personnelle dans Les Bienveillantes de Jonathan Littell
Vicky Colin (Gand)

26 mars 2009

Session Deuxième Guerre mondiale, présidée par Michel Murat (LILA, ENS).
"C’était donc cela, la guerre, un pays de fées perverti, le terrain de jeu d’un enfant dément qui casse ses jouets en hurlant de rire, qui jette gaiement la vaisselle par les fenêtres ?" Cette métaphore de Gilbert Keith Chesterton est citée dans Les Bienveillantes de Jonathan Littell, le roman polémique mais couronné de prix où la violence organisée par la machine nazie est centrale. À travers le personnage fictif de l’Allemand Max Aue, Littell fait le tour de la Deuxième Guerre mondiale : du combat de Stalingrad aux camps de concentration en passant par l’exécution massive à Babi Yar, en Ukraine. La "Shoah par balles" a généré des horreurs qui sont parmi les plus atroces de l’humanité : pour chaque victime, une balle, pour chaque balle, un tireur. L’ancien combat de corps à corps est réduit à un geste orchestré, redondant, sériel.
Dans le roman, Max Aue participe à ces tueries en nazi loyal, et pourtant son déchirement intime est fascinant : "Même les boucheries démentielles de la Grande Guerre [...] paraissaient presque propres et justes à côté de ce que nous avions amené au monde", dit-il en parlant des exécutions. Les Bienveillantes est un véritable laboratoire de la violence extrême et des pensées intimes du bourreau : à côté des actes militaires et professionnels de Max, nous avons le privilège d’être témoins de ses meurtres personnels, que Littell nous donne à lire avec le même souci du détail que dans les scènes de guerre. Cette juxtaposition exceptionnelle de la violence du front et des agressions personnelles de Max Aue nous interroge sur ce qui réunit ces deux formes de brutalité. Est-ce sa folie psychopathique qui lui permet de grimper les échelons de la SS ? Ou est-ce, à l’inverse, la violence guerrière qui empoisonne son comportement civil ? La réponse demeure incertaine, mais les questions résonnent d’autant plus fort.

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Non disponible Vicky Colin (Gand)
Vicky Colin prépare une thèse de doctorat en littérature française à l’université de Gand (Belgique). Travaillant sur l’ironie dans le contemporain, elle a analysé l’œuvre d’Éric Chevillard pour son mémoire de maîtrise. Elle a accompli un master de recherche à Paris IV-Sorbonne sur Les Bienveillantes de Jonathan Littell, et est l’auteur de "Littell relit Degrelle : comment l’ironiste dégonfle le vantard", Témoigner entre Histoire et mémoire 103 (avril-juin 2009), Bruxelles, pp. 201–207.

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