Lien 
vers le site de l'ENS
ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEUREPARIS
Lien vers l'accueil
lancer la recherche

» Conférences d’après mars 2011 : nouveau site

1965

Colloque La physiognomonie à la Renaissance / The Arts and Sciences of the Face 1500–1850

< précédent | suivant >

La face de Dieu. Les visages des hommes. Une pédagogie physiognomonique des Sacri Monti italiens ? / The face of God and men’s faces. The Italian Sacri monti as physiognomononic pedagogy?
Anne Lepoittevin (univ. Tours)

15 décembre 2007

Art et physiognomonie - session Visage et tempéraments présidée par Martial Guédron (Strasbourg).

La Contre-Réforme a exigé le strict respect d’une iconographie figée des personnages de l’Histoire Sainte, depuis leurs attributs jusqu’aux traits de leurs visages. Dans les chapelles des Sacri Monti du Piémont et de Lombardie, très hauts lieux du catholicisme fervent, ces modèles sont fermement respectés. La plus grande fantaisie des artistes s’est donc exprimée en modelant (en modelant plus qu’en peignant, les fresques reprenant plus volontiers les modèles de la haute peinture) les visages et les attitudes des personnages secondaires, plus surprenants, insolites, monstrueux, plus alpins aussi.
La définition physiognomonique de ces visages doit se comprendre comme une variation sur le type. La caricature force les traits du type jusqu’à les déformer, rendant plus lisibles et plus frappantes encore ces complexes scénographies. Au premier coup d’œil, chacun discerne le bourreau, le traître, le Juif. À Varallo, certains personnages, copiés de chapelles en chapelles, par des artistes différents, sur injonction de l’évêque, à un siècle et demi de distance, maintiennent dans le parcours dévotionnel du pèlerin une cohérence d’ensemble. Les acteurs des scènes de l’Histoire Sainte demeurent les mêmes, avec pour visages soit l’iconographie fixe de Jésus et de la Vierge, soit les profils alpins, modèles du peintre et du sculpteur, soit les physionomies outrées qui, à la manière des masques de théâtre grec, les rendent si identifiables.
La physiognomonie est utilisée, dans ses traits les plus courants, comme un outil didactique solide, si solide que les pèlerins pleurent devant la perfection de la Vierge-mère agenouillée devant l’enfant à peine né comme certains frappent l’affreux bourreau goitreux de la Flagellation. Elle traduit les mouvements de l’âme des personnages, qui appellent ceux des dévots. Bien au-delà de l’ordre intellectif, elle plonge le pèlerin dans un domaine sensitif de réactions. Il est très malaisé d’appréhender historiquement ces réactions. Elles restent pourtant le but premier de l’usage physiognomonique des Sacri Monti.

The Counter-Reformation enforced strict respect for a fixed iconography of individuals from sacred history, from their attributes through to their facial characteristics. In the Sacri Monti chapels of Piedmont and Lombardy, privileged centres of Catholic fervour, these models were firmly respected. The fantasy of sculptors (as opposed to artists, since frescoes tended to replicate models drawn from elite painting) came to focus on the faces and gestures of secondary personages. These became unusual, surprising, monstruous and alpine too.
The physiognomonic depiction of these faces needs to be understood as variations on a type. Caricature exaggerated to the point of deformation the characteristics of the type, so as to render the scenographic series both comprehensible and striking. At first glance, one could differentiate the executioner, the traitor and the Jew. In Varallo, certain characters, copied from chapel to chapel over a period of a century and a half by different artists at the bidding of the bishop, maintained overall coherence in the devotional trajectory of the pilgrim. The actors in the scenes from sacred history remained the same, their faces highlighting either the fixed iconography of Jesus and the Virgin, or more alpine profiles derived from painters’ and sculptors’ models, or else exaggerated physiognomies which, like masks in Greek tragedy, rendered them easy to identify.
Current physiognomony was thus used as a didactic tool which was so substantive that pilgrims wept before the perfection of the Virgin-Mother kneeling before the newly-born Christ-child, while others struck the frightful, goitrous executioner from the Flagellation scene. This physiognomony portrayed the movements of the souls of characters represented, which in turn triggered those of the pilgrims. It plunged the latter well beyond the intellectual order into a sensory realm of reactions. Though difficult to apprehend historically, these reactions were the prime objective of the physiognomic usages of the Sacri Monti.

Écouter
pictogrammeformat audio mp3 - 0 O

- Visualiser
- Télécharger
pictogrammeformat quicktime mov, vidéo à la demande / streaming

Télécharger
pictogrammeformat vidéo mp4 à télécharger - 120.57 Mo

Télécharger
pictogrammeformat vidéo windows media video à télécharger - 91.2 Mo

Anne Lepoittevin Anne Lepoittevin (univ. Tours)