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Colloque La physiognomonie à la Renaissance / The Arts and Sciences of the Face 1500–1850

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"Ceffi e bizzarri volti" : les portraits et l’interprétation physiognomonique des tyrans célèbres / ‘Ceffi e bizarri volti’: portraits and the physiognomic interpretation of famous tyrants
Tommaso Casini (Università di Salente, Lecce)

14 décembre 2007

Les usages de la physiognomonie - session Physionomie et écriture : autour du portrait présidée par Thomas Kirchner (Francfort).

Le portrait d’un personnage célèbre véhicule souvent un précepte, un caractère exemplaire, même s’il se borne à prôner l’exaltation d’une qualité ou d’un défaut dont ce personnage est devenu, pour ainsi dire, le symbole historique. Dans la préface de son traité De viris illustribus Pétrarque, paraphrasant Tite Live, parle des exemples que ses lecteurs doivent apprendre à imiter ou fuir «illa prosequi qui quae vel sectanda legentibus vel fugienda sunt». La tradition littéraire et iconographique des portraits des héros, souverains et tyrans anciens et modernes nous présente une alternance continue d’exemples positifs ou négatifs, tracés dans la double perspective de la mission «fructifère» de l’historien, maître de morale, et de l’idée classique de l’histoire érigée en magistra vitae. Aussi des vertus comme la clémence et la sagesse, des vices comme la mechanceté, la tyrannie, la démence, se sont figés en des tòpoi textuels ou pictoraux. Les effigies et les exploits d’Hannibal, Néron, Attila, Tamerlan, Ezzelino da Romano, Cesare Borgia et d’autres grandes figure de l’histoire s’identifient, chez une considérable iconographie figurée, avec leur propres caractères psychologiques et moraux.
Francis Haskell, dans son importante étude History and its images: Art and the Interpretation of the Past, (1993), a montré que les historiens puisaient très souvent des informations utiles à leur travaux dans les recueils d’images anciennes et modernes. Un des plus connus d’entre eux est Paolo Giovio, qui créa dans sa villa de Come un musée de portraits où l’on pouvait «cavare da sì diversi ceffi e bizzarri volti qualche regola e scaltro precetto dell’arte della fisionomia» (tirer des diverses visages et bizarres mines quelques règles ou d’adroits préceptes utiles à l’art de la physionomie). Giovio fit un usage très étendu de ces portraits, qu’il considéra comme des documents précieux pour enrichir les récits de ses Elogia. Plus en général les rapports entre l’art du portrait et la rhétorique physiognomique ont été constants et indissolubles dans la culture des XVIe et XVIIe siècles.
Mon propos est d’éclaircir quelques rapports qui existent entre l’image et le texte dans la descriptio de toute une galerie d’hommes illustres, qui sont devenus célèbres surtout à cause de leur caractère méchant et tyrannique. L’image symbolique de l’empereur Néron dans «Le couronnement d’épines» par le Titien (aujourd’hui au Musée du Louvre), le portrait d’Attila dans les décoration de la façade de la chartreuse de Pavie, les effigies peintes ou gravées d’Hannibal, Tamerlan et d’autres protagonistes de l’histoire seront mis en comparaison avec les descriptions littéraires de Pietro Aretino, Guillaume Rouillé, Paolo Giovio, Torquato Tasso, Giovan Battista della Porta, Michel de Montaigne, Giovan Battista Marino. On tâchera ainsi de retracer, à travers ce parallélisme portrait-physionomie, le réseau complexe des relations qui existent entre la tradition du savoir physiognomique, le rôle de l’exemplarité dans l’histoire ancienne et les pratiques de l’ecphrasis.

The portrait of a famous person often transmits a precept, or an exemplary characteristic, even as it seems to be limited to exalting a quality or failing for which the individual has become, so to speak, the historical symbol. Petrarch, in the preface to his treatise, De viris illustribus, paraphrases Livy and speaks of examples that his readers must learn to imitate or else shun ‘illa prosequi qui quae vel sectanda legentibus vel fugienda sunt’. The literary and iconographic tradition of the portraits of heroes, soverains and tyrants – ancient or modern – supplies a continuous alternation of positive and negative examples, grounded in the double perspective of the ‘fructiferous’ mission of the historians qua master of morality, and the classical idea of history as magistra vitae. Thus virtues such as clemency and wisdom, and also vices such as wickedness, tyranny and idiocy become fixed as textual or pictorial topoi. In much figurative iconography, the effigies and the exploits of Hannibal, Nero, Attila, Tamberlane, Ezzelini da Romano, Cesare Borgia and other great figures from history become identified with their moral and psychological characteristics.
In his important study, History and its Images (1993), Francis Haskell showed how historians frequently drew useful information for their research from the collections of ancient and modern images. One of the best known of these is by Paolo Giovio who created in his villa in Como a museum of portraits in which one could ‘derive from diverse faces and bizarre expressions certain rules or skilled precepts useful for the art of physiognomy’. Giovio made extensive use of these portraits which he considered as invaluable for enriching the narratives of his Elogia. In general the relationship between portraiture and physiognomical rhetoric were consistent and indissoluble in the culture of the 16th and 17th centuries.
My aim is to highlight certain relationships between image and text in the descriptio of a gallery of illustrious men who became famous in particular because of their bad or tyrannical character. The symbolic image of the emperor Nero in Titian’s ‘The crowning with thorns’ (currently in the Louvre), the portrait of Attila in the decoration of the façade of the Charterhouse at Pavia, the painted and engraved effigies of Hannibal, Tamberlane and other historical protagonists will be compared with the literary descriptions of Aretino, Rouillé, Tasso, della Porta, Montaigne and Marino. We will thus seek to outline – by means of the parallels between portraits and physiognomies – the complex web of relationships between the tradition of physiognomical art, the role of exemplarity in ancient history and the practises of ecphrasis.

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Tommaso Casini Tommaso Casini (Università di Salente, Lecce)