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Séminaire européen Sciences sociales et santé mentale

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Qu’est ce qu’une société psychanalytique ? Quatre problèmes pour une sociologie de la psychanalyse
Andreas Mayer (univ. Cambridge)

20 février 2007

Discutant : Samuel lézé
Dans cette contribution, je voudrais esquisser les problèmes théoriques et méthodologiques qui se posent quand les sciences sociales essaient de comprendre le fonctionnement de la psychanalyse et son rôle dans les sociétés contemporaines. La formule de la « société psychanalytique » doit être entendue dans deux sens. On se demandera d’abord, sur une échelle macrosociologique, dans quel sens les sociétés du XXe siècle ont été affectées, voire transformées par les nouvelles théories et techniques mises en place par Freud et ses successeurs. Bien que beaucoup d’observateurs en sciences sociales reconnaissent l’impact fondamental de la psychanalyse, les analyses de ce phénomène sont très rares. On cherchera une réponse sur l’échelle microsociologique qui entend par les « sociétés psychanalytiques » les groupes ou les associations qui se sont formés à partir du « mouvement psychanalytique » inauguré par Freud. Le chercheur en sciences sociales se heurte au problème d’un microcosme hermétique et autoréférentiel. Face à ce caractère, l’observateur semble être piégé dans le dilemme de devoir choisir ou bien la position externaliste (réduire les entités comme l’inconscient à des intérêts sociaux ou économiques, ou à des jeux de pouvoir) ou bien la position internaliste (adopter les termes des acteurs, admettre l’existence de l’inconscient, du transfert. etc.). On proposera une issue à ce dilemme en ayant recours aux outils de la nouvelle histoire et sociologie des sciences pour comprendre comment le « monde » psychanalytique s’est constitué. Notre analyse comprendra quatre étapes.
1) Il s’agit d’abord de comprendre les opérations qui ont « décontextualisé » la psychanalyse par rapport à la société. Cela nécessite une analyse de l’émergence concrète du « cadre » de la psychanalyse et de ses pratiques spécifiques,
2) La question de la vérité — question qui ne cesse d’être posée dans les polémiques autour de la psychanalyse — doit être posée face à ce cadre, donc de manière nominaliste et non pas normative. Il s’agit donc de comprendre comment la vérité sur le psychisme se produit et comment elle devient efficace pour les acteurs.
3) Un troisième volet de questions concerne les formes de représentation en jeu. On mettra en évidence que le problème de la représentation de l’inconscient hante Freud et le mouvement psychanalytique dès le début, menant à des stratégies diverses (d’Ésotérisme ou de vulgarisation dite sauvage). Cette problématique politique se prolonge aujourd’hui dans les discussions publiques quand les psychanalystes prennent la parole et parlent comme des « experts » de l’inconscient.
4) Finalement, on posera le problème de la création d’un collectif — d’un groupe, d’une société, d’une association — psychanalytique pour en tirer des conséquences méthodologiques. Quel peut être le rôle épistémologique et politique du regard réflexif porté par l’observateur des sciences sociales pour la psychanalyse ?

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Andreas Mayer Andreas Mayer (univ. Cambridge)